L'histoire des Vallons du Lyonnais
Texte extrait de l’ouvrage « Vallons du Lyonnais » édité par la CCVL en 2000 :
Le plus ancien vestige qui atteste la présence de l’homme dans l’Ouest lyonnais est un silex taillé, classé entre 5000 et 1800 avant notre ère. Ce silex a été trouvé au Recret, à la limite des communes de Vaugneray et Grézieu-la-Varenne. Entre le col de Malval et Yzeron, subsiste l’emplacement d’un oppidum préhistorique. Tout laisse à croire qu’il s’agissait d’un emplacement de défense au sommet d’une colline.
Le dolmen de la Roche aux Fées à Saint-Laurent-de-Vaux est aussi un témoin ancien de la présence humaine.
Au IIIe siècle avant J.-C., les Celtes venus d’Asie repoussent les Ibères et les Ligures. Ils prennent le nom de Ségusiaves et sont une composante du peuple gaulois.
Refoulés par les Romains en 58 avant J.-C., ils se réfugient sur les hauteurs, leur camp étant installé à Fourvière. En 52, ils se soulèvent aux côtés de Vercingétorix.
À la mort de ce dernier, ce peuple de nature pacifique subit sans trop de peine la domination romaine.
Sur la Traces des Romains
Au début du IIe siècle, le pays est romanisé. Le monde rural est en pleine expansion autour de Lugdunum jusqu’à la limite des Monts du Lyonnais. Des villas sont construites (villa urbana) avec la maison du propriétaire et ses dépendances et tout autour les étables, les moulins, les forges. Des agglomérations se forment ainsi, telles Messimy et Pollionnay, qui prennent le nom de leur fondateur Maximus ou Paulianicus.
C’est par intérêt stratégique que cette région a été occupée très tôt. En effet, elle se situe à la charnière entre le Massif central et la vallée du Rhône et sur le passage obligé de cette vallée vers l’ouest. De plus, la présence de nombreuses sources a certainement facilité cette installation.
Les Romains marquent leur passage notamment par l’installation d’un réseau d’aqueducs. Ils construisent aussi une voie passant par Craponne et Grézieu-la-Varenne. D’est en ouest, elle se dirige vers le massif central, et est jalonnée de villas et de hameaux. Cette voie romaine sera appelée plus tard « voie d’Aquitaine ».
Au milieu du IIe siècle, les Asiates envahissent la région et s’affrontent aux chrétiens. Toutefois, leur mouvement religieux appelé « Cybile » ne touche pas le monde rural. Vers 270, les campagnes subissent l’invasion destructrice des Francs et des Alamans qui plongent les paysans dans une grande pauvreté. À la fin du IIIe siècle, il ne reste plus de trace des Ségusiaves, qui se sont intégrés aux Romains, notamment par les mariages.
Au IVe siècle, pour échapper aux charges fiscales importantes, les notables de la cité s’installent à la campagne pour devenir les propriétaires fonciers de demeures importantes, exploitant directement leur domaine et régnant sur les tenanciers.
Les Lyonnais, dans le but d’obtenir leur indépendance vis-à-vis de Rome, font appel, au Ve siècle, à un peuple guerrier, les Burgondes, avec qui ils doivent partager leur terre. La domination romaine s’estompe alors, et on assiste à une christianisation du territoire.
La christianisation
Pendant une longue période, le territoire est sous la domination des archevêques de Lyon : quelques châteaux-forts sont construits pour assurer en contrepartie la protection du peuple. Grâce aux voies tracées à travers le pays et reliées entre elles, l’écran de montagne, bien qu’échappant en partie à la colonisation, ne forme plus qu’un compartimentage relatif. Le reste de l’ancien pays ségusiave devient approximativement le territoire du Lyonnais.
Sur le plan politique, ce territoire était divisé en gouvernements, subdivisés en circonscriptions ; il fut donné en 904 à l’archevêque de Lyon qui légua ses biens aux chanoines de Saint-Jean. L’évangélisation de la région avait commencé dès le début du IVe siècle et jusqu’au XIe ; elle s’achève aux XIIe et XIIIe siècles, où quelques paroisses sont encore créées.
Les chanoines de Saint-Jean portaient le titre de comte, les chanoines de Saint-Just celui de baron ; la seigneurie de Brindas et celle de Grézieu-la-Varenne avec son château leur appartenaient. Dès cette époque, sont créés les Conseil de fabrique chargés de l’administration temporelle de l’Église.
Au XIIe siècle, l’essor démographique entraîne de grands défrichements ; on passe de l’économie agraire à l’économie d’échanges, avec des soucis de productivité (drainage, irrigation, nouvelles cultures), faisant reculer la famine et augmenter l’espérance de vie, œuvre de l’Église puis des laïcs.
Du bas moyen âge à la révolution
À l’époque de la guerre de Cent Ans (de 1337 à 1450), les Messimois, pour se protéger des bandes de pillards mercenaires qui sévissaient dans la région, construisirent autour du cœur du bourg, une muraille défensive avec tours : le Vingtain.
Pour organiser la défense, un capitaine-chatelain Lambert de Favarins, fut nommé à Messimy par le chapitre de Lyon, alors seigneur de Messimy en 1367. De cette enceinte fortifiée demeure la double porte voûtée, le seul accès à l'intérieur durant plusieurs siècles.
Le Vingtain était déjà construit lorsque fut établi le plus ancien relevé de la population qui nous soit parvenu, daté de 1374. Il faut préciser que la deuxième moitié du XIVe siècle est une mauvaise période, accablée par les épidémies et les guerres. Si les murs arrêtent parfois les brigands, ils ne savent barrer la route ni à la peste noire, ni à la famine.
En conséquence, en ce temps-là, Messimy est peu peuplé, très peu peuplé. La faute en incombe aux troubles évoqués plus haut, et plus encore aux épidémies de peste. Celle de 1348-1350 a supprimé un habitant sur trois, celle de 1361 a annulé la timide reprise qui s’esquissait. La prochaine commencera en 1389… Les effets de ces mortalités effroyables ne seront pas compensés avant le milieu du siècle suivant.
De 1300 à 1800, malgré la forte mortalité de l’époque, le nombre d’habitants va progresser avec des hauts et des bas dus aux périodes de famine ou d’épidémie.
Les agglomérations rurales se multiplient, d’où les noms de Villeneuve et de Francheville. Le monde paysan prend part à la renaissance de la ville, la production agricole étant suffisante pour nourrir les hommes qui s’y installent. L’argent des échanges permet alors à des serfs d’acheter leur liberté auprès des seigneurs.
Au fil de l’histoire, le Lyonnais fut longtemps une zone de partage et de querelle entre les comtes du Forez et les comtes archevêques de Lyon. L’histoire du Lyonnais est donc intimement liée à celle du Forez ainsi qu’à celle de nos voisins du Beaujolais. Jusqu’à la révolution, le pouvoir royal et les hiérarchies religieuses maintiennent une certaine stabilité des institutions. À cette époque, on constate un renforcement de l’administration (centralisation, organisation judiciaire). La création de l’Assemblée provinciale en 1787 est le premier signe d’une mutation des structures. Les Lyonnais sont alors accusés de ne pas payer d’impôts et de s’enrichir au détriment des paysans. Pour ces derniers, les bourgeois de la grande ville sont des usurpateurs s’appropriant depuis le Moyen Age la terre des paysans.
Le canton de Vaugneray comprend alors dix communes : Vaugneray, Brindas, Charbonnières, Chevinay, Courzieu, Grézieu-la-Varenne, Sainte-Consorce, Saint-Genis-les-Ollières, Pollionnay et Tassin-la-Demi-Lune. Messimy, depuis longtemps paroisse liée à Brindas et dépendant du même seigneur, obtient son indépendance et fait alors partie du canton d’Yzeron.
Pendant la Révolution, l’activité du Lyonnais en faveur des prêtres réfractaires lui vaut alors le nom de « Petite Vendée ».
Les lois des 14 et 22 décembre 1789 mettent en place les entités départementales et communales. La commune est dirigée alors par un Conseil municipal composé du maire, des officiers municipaux et d’un procureur élus par les citoyens. Quant au Conseil général de la commune, composé du maire, des officiers municipaux et des notables, il se réunit pour les questions importantes. À cette époque, environ les deux tiers de la population sont encore exclus du suffrage, comme les chefs de famille âgés de moins de 25 ans, les paysans payant moins de 50 livres d’impôts et les chefs de famille recevant l’aumône.
La convention du 13 janvier 1790 est à l’origine de la création des 83 départements. Celui de Rhône-Loire, scindé en deux départements le 12 août 1793, comporte alors six districts administrés par un conseil élu de 12 membres, un directoire de 4 membres et un procureur syndic : Lyon ville, Lyon campagne, Villefranche, Roanne, Montbrison, Saint-Etienne. Le canton est l’unité électorale de base avec un juge de paix élu par les citoyens.
Le XIXe siècle
Au XIXe siècle, l’histoire du Lyonnais est marquée par le passage de l’artisanat à l’industrie et par la modernisation de l’agriculture. Depuis toujours, ce massif rural qu’est le Lyonnais a su profiter de la proximité des grands pôles de Lyon et Saint-Etienne pour développer sur son territoire une activité agricole, mais aussi industrielle.
C’est à cette époque que l’évolution des communes du Lyonnais est la plus nette. Celle-ci est en rapport avec la révolution industrielle qui met en place de nouvelles techniques et régule les échanges entre Lyon et ces communes de façon tout à fait nouvelle. L’essor ou l’arrêt des débouchés pour les différentes classes sociales influent sur la démographie générale.
Après une période de stabilité entre 1800 et 1830, le nombre d’habitants progresse fortement jusqu’en 1866, en relation avec le travail du blanchissage et du tissage. Au cours de cette période, la population globale des neuf communes qui constitueront plus tard la Communauté de Communes des Vallons du Lyonnais double presque, passant d’environ 6 000 à plus de 10 000 habitants. Parmi les progressions les plus spectaculaires, on peut citer Messimy qui passe de 550 à 1448 habitants.
À partir de 1866, la population du Plateau Lyonnais se stabilise et commence même à régresser dans certaines communes. La partie paysanne de la population diminue dès 1830, comme dans la plupart des campagnes françaises. Freinée momentanément de 1840 à 1886 par l’extension de l’activité du tissage à domicile, qui maintient sur place des fils d’agriculteurs, ce déclin reprend à nouveau dès la disparition de cette industrie.
À Messimy, divers documents témoignent de démolitions successives de l’enceinte fortifiée tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, mais vers 1870, au moment même où on construit la nouvelle église, le cœur du village va subir de profondes modifications :
Établi pour l’acquisition d’un groupe de maisons destiné après démolition à l’agrandissement de la place publique, un plan du 9 février 1872 nous apporte de précieux renseignements sur l’occupation des sols au centre du village qui commence à se modifier en cette fin de siècle avec l’augmentation de la population, la construction d’une nouvelle église, le déplacement du cimetière qui n’est plus utilisé depuis 1830.
À cette époque, afin de faire face à la vétusté de certains bâtiments et d'améliorer les déplacements, le bourg - dont l’aspect est certainement resté inchangé depuis le XVIe siècle - va fortement évoluer. Le cimetière occupe encore en cette fin du XIXe siècle une surface non-négligeable de notre actuelle place publique. Il est délimité à l’ouest par le mur de l’église, à l’est par un groupe de quatre maisons achetées et démolies pour l’agrandissement de la place.
Un autre document nous précise que le Conseil municipal s’est réuni vers la fin de l’année pour envisager la démolition de la tour appartenant à Jean-Étienne Brossard, pour l’élargissement du chemin vicinal numéro 6.
Dans cette partie du bourg, ce chemin avait une largeur tout à fait insuffisante pour la circulation, son élargissement était devenu urgent et indispensable. Ainsi disparaîtra un des éléments majeurs du Vingtain.
L'époque contemporaine
Depuis 1789, l’organisation communale française a connu une évolution constante, en particulier par le biais des constitutions des Républiques successives.
Aux termes de la Constitution de la Ve République (4 octobre 1958), la commune est définie comme une collectivité territoriale librement administrée par un Conseil municipal élu. Toutefois, le développement de l’intercommunalité depuis cinquante ans modifie en profondeur le mode de fonctionnement des communes. Sur le plan local, outre les lois de décentralisation successives, le fait politique majeur réside dans le renforcement de la coopération intercommunale.
Celle-ci a un long passé derrière elle avec la création des associations de communes en 1942, des syndicats mixtes en 1955, des syndicats à vocation unique, des syndicats à vocation multiple (SIVOM) et des districts en 1959, des communautés urbaines en 1966, et enfin des communautés de communes en 1992.
En complémentarité avec les actions menées à l’échelle communale, les projets de plus grande envergure concernant par exemple l’économie, l’aménagement de l’espace, l’environnement, le logement, la voirie, la culture, le sport ou la jeunesse sont désormais pensés à une échelle plus globale. Cette réflexion intercommunale permet de procéder à un aménagement plus cohérent du territoire.
Depuis 1970, la région connaît un essor démographique sans précédent qui se traduit par un doublement du nombre d’habitants en trente ans, dû essentiellement à un apport de population venue principalement des zones urbaines de l’agglomération lyonnaise. Cette évolution s’accompagne d’un essor économique, avec, parallèlement au maintien d’une agriculture performante, le développement d’une petite et moyenne industrie très dynamique qui permet à un nombre d’actifs de plus en plus important d’exercer son activité sur le territoire même de la communauté.
Le début du XXe siècle
À l’aube du XXe siècle, la France connaît des bouleversements importants. L’influence de l’église est réduite par la loi de séparation de l’église et de l’Etat (1905), les biens temporels des églises devenant biens communaux. Les fabriques sont supprimées et remplacées par des associations dites culturelles dont le budget et soumis à l’approbation du Conseil municipal. En 1924, les associations diocésaines sont créées.
Dans les premières années du XXe siècle, la population globale des 9 communes s’est légèrement érodée, passant à environ 9 300 habitants. Cette évolution recouvre des réalités différentes, la diminution étant importante dans les communes à vocation exclusivement rurales comme Yzeron ou Pollionnay au niveau desquelles le mouvement d’exode n’est pas compensé par l’accroissement naturel, alors que dans certaines communes comme Vaugneray la population se maintient, voire augmente légèrement.
Après la Première Guerre mondiale, le déclin de l’activité de blanchisseur s’affirme. Le nombre total de personnes qui en vivent n’atteint plus que les deux tiers de celui de 1861. La population agricole s’est également réduite de moitié. Dès cette époque, la ligne de chemin de fer se double de lignes de cars et de trolley-bus qui permettent aux habitants du plateau de venir travailler à Lyon tout en habitant dans leur commune d’origine. L’habitat s’étire le long de trois axes : la route de Lyon à Bordeaux (N89), l’ancienne route de Saint-Bonnet-le- Froid à Grézieu-la-Varenne (D24) et le D11 passant par le Pont Chabrol et le centre-bourg de Brindas. Plus en amont, c'est-à-dire de Vaugneray à Thurins, il n’y a pas de changement, ni dans les formes d’habitat, ni dans leur densité.
Les deux guerres mondiales constituent des événements majeurs de notre histoire. C’est toute une vie sociale et économique qui a été bouleversée. Les pertes humaines considérables expliquent pour partie la diminution du nombre d’habitants dans la campagne lyonnaise. À la fin de la deuxième guerre mondiale, la population globale des 9 communes a encore diminué pour atteindre 8 000 habitants. Il faudra attendre les années 1960 pour voir s’inverser la tendance, avant d’enregistrer l’explosion démographique de l’époque contemporaine.
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